L'ouest de la ville de Lyon dans le recensement de 1796.


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Un "portrait" des quartiers ouest de Lyon à la fin du XVIIIe siècle où l'on voit une banlieue hors les murs agricole et viticole, parsemée de grands domaines bourgeois.

Une vue de l’ouest de la ville de Lyon à partir du recensement de 1796

 

Les Archives Municipales de Lyon (AML) conservent et ont mis en ligne les quatre registres du recensement de la population de Lyon Ouest et Midi en 1796 sous les cotes 921 WP/1 à 4.

En effet le décret des 19-22 juillet 1791 impose aux municipalités de tenir un registre nominatif des habitants et de le remettre à jour chaque année. Par la suite, en 1793 et 1795, d’autres textes réglementaires prescrivent de dresser par commune des états de la population.

En 1789, les 28 pennonages[1] de la ville de Lyon sont remplacés par 32 sections[2]. Nos quartiers[3] font partie de la division de l’ouest et de la section de la Juiverie. Il représente à peine 9% de la population de la section pour la moitié de sa superficie, ce qui donne une idée de la faible densité de population à cette époque. En 1796, ces quartiers sont nommés Aqueducs, Bas Loyasse, Battières, Champagne[4], Champvert, Grande Terre[5], Grange, Loyasse, Massues, Poncettes et Tourvielle[6].

« Lyon n’est plus » affirme la convention. La ville est assiégée, bombardée et enfin prise après 62 jours de siège[7]. La population masculine lyonnaise est exterminée en quelques mois de septembre à décembre 1793. Certes nos quartiers ont sans doute été beaucoup moins touchés, sauf peut-être Loyasse et le bas de Champvert bombardés par les batteries du fort de la Duchère et les Grandes Terres par les assaillants à partir de Sainte-Foy et par les défenses de Saint-Irénée. Néanmoins, trois ans après les événements, une légère incidence à la baisse sur le nombre d’habitants est fort probable ainsi que des dégâts causés par les boulets et les bombes.

Le registre

Le registre qui recense les habitants de nos quartiers[8], bien que rédigé par plusieurs fonctionnaires quelquefois sur la même page, est bien écrit et lisible. Les 74 dernières pages de la section de la Juiverie correspondent au secteur étudié. Les cinq colonnes sont fort bien remplies à l’exception de la dernière interrogeant l’époque d’entrée sur la commune qui a été totalement ignorée. Ainsi le nom, le prénom, l’âge, l’état ou la profession et le lieu de l’habitation sont connus pour tous les occupants. Dans la colonne des noms, excepté l’initiale, l’ordre alphabétique n’est pas respecté.

La colonne préimprimée du lieu d’habitation a été divisée en deux, d’un côté les noms de quartier, de l’autre soit un numéro de maison, soit le nom de la maison. Malheureusement aucun plan de l’époque ne prend en compte cette numérotation qui permettrait de pouvoir facilement localiser les maisons et leurs occupants.

Contrairement aux autres quartiers de Lyon où la présentation se fait par rue, les habitants de plus de 12 ans[9] sont classés par ordre alphabétique du nom de famille. Chaque individu reçoit ainsi un numéro d’ordre de 1 pour Claude Assadar, 80 ans, propriétaire aux Massues à 5785 pour Etienne Vise, 18 ans, cultivateur à Champagne (La Plaine). Pour les onze quartiers concernés, 499 personnes de plus de 12 ans ont été recensées.

On rencontre quelques erreurs[10] de numérotation, de nom de quartier ou de patronyme incomplet.

Les habitants

Le nombre d’épouses permet d’évaluer à 125 le nombre de foyers dans ce secteur. Seules 7 veuves apparaissent. Les habitants sont âgés de 12 à 85 ans avec une moyenne de 41 ans. Les familles implantées dans le quartier, Barret, Brun, Bouchard, Esterle, Gonichon, Mercier, Pitrat, Ratton, Sebrin et Simon forment la cohorte des patronymes les plus courants.

On remarque la grande variété des 198 noms portés par seulement 499 personnes recensées.

Il faut noter que le registre recense les occupants et non les propriétaires des lieux qui bien souvent vivent dans une autre maison dans la ville de Lyon. Les occupants sont souvent les jardiniers ou les cultivateurs qui entretiennent la maison pendant l’hiver.

Les maisons

Sur le territoire, les habitants vivent dans 135 maisons identifiées par un numéro[11] ou un nom de famille abritant de une à quatorze personnes sans compter les enfants.

A Champvert sur vingt-six maisons, deux sont particulièrement importantes. Elles hébergent pour l’une autour de Jean François Chevandier, bourgeois, son épouse et ses deux fils, quatre cultivateurs et leur famille soit quatorze personnes et pour l’autre autour de Jean Guillot, fermier, un instituteur, trois domestiques et deux filles de peine, un cultivateur, un jardinier et son épouse soit douze personnes.

Aux Aqueducs et aux Massues, sept grandes maisons hébergent au moins neuf personnes avec souvent un vigneron et sa famille entourés de garçons et filles de peine[12]. L’habitat est relativement dense puisque cinquante maisons sont déjà construites dans ce secteur.

Les petites habitations abritant 1 à 3 adultes restent majoritaires à 60% sans que l’on sache si ces demeures sont plus ou moins regroupés dans un même bâtiment.

Les métiers

La terre fait vivre cultivateurs, vignerons, jardiniers, journaliers et hommes de peine qui forment les trois quarts des travailleurs. Une trentaine de bourgeois, propriétaires et rentiers ont à leur service une vingtaine de domestiques et autant de jardiniers.

Chez les commerçants, Jean Baptiste Creton tient une auberge aux Aqueducs, Gilibert Pascal est balancier[13] à Champvert, Jean Claude Chol exerce le métier de cordonnier aux Granges, Claudine Gaillard est un ferblantière[14]à Champvert.

On trouve chez les artisans les jeunes femmes Françoise Legout 22 ans et Fleurie sa fille de 12 ans, ainsi que Claudine Simon 26 ans, toutes trois brodeuses à Loyasse, Claudine Gaillard, 15 ans, fille de la précédente, couturière à Champvert. Jean Sausse âgé de 60 ans est tailleur à Loyasse. Jean Raymond Boyer, Gabriel Million et Simonet sont faiseurs de bas[15] aux Massues.

Le seul tonnelier, sans doute débordé de travail, s’appelle Noël Bicornet et tient son atelier aux Granges.

Isabeau Gelliny, bergère de 14 ans à Champvert et Antoine Batagui, bouvier, s’occupent des animaux.

Augustin Amar, 43 ans, est instituteur à Champvert.

Plus surprenant, Jean Baptiste Parlongue est marinier et habite aux Massues, Louis Dodat est dessinateur aux Aqueducs et Antoinette Faure et Anne Marinier exercent la profession de filles utiles[16] aux Aqueducs.

Les quartiers

Les onze quartiers[17] précités de ce registre correspondant à notre zone d’étude présentent des aspects bien différents. Les Massues (117 hab.), Champvert (99 hab.) et Champagne (85 hab.) sont les plus peuplés tandis que Tourvielle est représenté uniquement par la famille Gandoullier et le cultivateur Etienne Esterle.

Les Massues et les Aqueducs (162 hab.) concentrent tous les vignerons (16/19) et de nombreux cultivateurs du territoire[18], ainsi qu’une quinzaine de journaliers. Ils abritent également une dizaine de bourgeois ou rentiers, propriétaires des grands domaines.

Champvert est tout d’abord une zone agricole et non viticole cultivée par 24 agriculteurs et 16 journaliers. C’est aussi un lieu où l’on rencontre 8 domestiques qui habitent chez 3 bourgeois et 3 rentiers.

Champagne (La Plaine) est un quartier totalement agricole. A part trois propriétaires, tous les métiers ont un rapport à la terre. On trouve donc des familles de cultivateurs ou de jardiniers avec leurs enfants dans une trentaine de petites maisons. Ces maisons sont d’ailleurs très souvent identifiées par le nom du propriétaire plutôt que par un numéro.

Comme le quartier précédent, les Granges, les Poncettes et les Grandes terres (85 hab.) accueillent exclusivement les métiers de la terre, cultivateurs, jardiniers et journaliers à l’exception du tonnelier et du cordonnier déjà cités.

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En cette fin de XVIIIe siècle le territoire de l’ancienne ville déborde de vie au rythme des saisons. Vignerons des Massues, cultivateurs de Champagne et jardiniers des Poncettes sont bien affairés. Ils ont bien besoin de tous les journaliers, hommes et filles de peine pour assumer la charge supplémentaire des moissons et des vendanges. A la fin du printemps, les bourgeois et rentiers de Champvert et des Massues gagnent leurs résidences d’été pour fuir la chaleur de la ville. Ils retrouvent leur domesticité parfois nombreuse et profitent ainsi de la tranquillité de leurs domaines loin du vacarme urbain jusqu’au prochain automne.

Christian Déal / février 2021



[1] A l’origine organisation civile pour défendre la cité

[2] Loi municipale du 14 décembre 1789

[3] Actuellement La Plaine, Ménival, Les Battières, Le Point du Jour, Champvert et Loyasse.

[4] La Plaine

[5] Rectangle avenue Barthélemy Buyer, rue Benoît Mary et rue des quatre colonnes.

[6] AML – 3S0118 – Détail du plan de Lyon et de ses environs divisé en 12 cantons en 1790 en annexe 1.

[7] AML – 2S0519 – Détail du plan militaire « restitutions historiques » de Lyon assiégé en 1793 par Balleydier / Crepet sur un plan de 1844 en annexe.

[8] AML – 921 WP 001 vue 152 à 226

[9] Tous les enfants travaillaient en 1796 dès l’âge de 8 ans. La première loi réglementant les travail des enfants date de 1841. Elle réduit la journée de travail des enfants de 8 ans à 12 ans à 8h et interdit le travail de nuit pour eux.

[10] Par comparaison avec les recensements des années suivantes.

[11] Malheureusement sans aucun plan en correspondance permettant de localiser le bâtiment.

[12] Domestique.

[13] Artisan qui fabrique et vend des balances.

[14] Fabricant d’outils et d’ustensiles souvent ménagers en fer recouvert d’une fine couche d’étain (fer blanc).

[15] Fabricant de bas de soie.

[16] Autre qualificatif pour fille de service ou fille de peine.

[17] La section de la Juiverie comprend des zone bien plus peuplées comme la Quarantaine, la rue des Farges, la rue des Chevaucheurs, la rue de Trion, la rue de Choulans … en ville.

[18] Les vignes occupent près de 80% de la surface agricole.

Couverture du registre du recensement des citoyens de la section de la Juiverie en 1796 - AML - 921 WP/1.
Couverture du registre du recensement des citoyens de la section de la Juiverie en 1796 - AML - 921 WP/1.

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Page du registre recensant des citoyens de Champagne, des Massues et de Champvert avec nom, prénom, âge, état et lieu d'habitation - AML - 921 WP/1.
Page du registre recensant des citoyens de Champagne, des Massues et de Champvert avec nom, prénom, âge, état et lieu d'habitation - AML - 921 WP/1.

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Annexe 1 – Détail du plan militaire « restitutions historiques » de Lyon assiégé en 1793 par Balleydier / Crepet sur un plan de 1844 - AML – 2S0519
Annexe 1 – Détail du plan militaire « restitutions historiques » de Lyon assiégé en 1793 par Balleydier / Crepet sur un plan de 1844 - AML – 2S0519
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Annexe 2 - Détail du plan de Lyon et de ses environs divisé en 12 cantons en 1790.- AML – 3S0118
Annexe 2 - Détail du plan de Lyon et de ses environs divisé en 12 cantons en 1790.- AML – 3S0118

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Population de onze quartiers de l'ouest de Lyon - 1796 - AML921WP001
Population de onze quartiers de l'ouest de Lyon - 1796 - AML921WP001

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