ARHOLY La maison de Colette aux Massues

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Saviez-vous qu'il existait au Point du Jour, à l'ouest du parc de la Garde, une très vieille maison située au 28 chemin de la Garde, propriété de la famille de Pierre Garraud, ancien doyen de la faculté de Droit de Lyon ? Sa fille Colette, présidente d'honneur de l'ARHOLY, nous a confié son histoire et des archives personnelles.

LA MAISON DE COLETTE

 

« La maison, une ancienne ferme, était la dernière de la rue de la Garde en descendant sur la droite, séparée de l’avenue de Verdun à Tassin par un pré » nous dit Colette. « Après la guerre, j’ai passé des moments heureux avec mes frères aux Massues ».

Un domaine très agréable

C’était une propriété de rapport et d’agrément d’une superficie de 1 ha 29 ares 39 centiares comprenant maison de maître et maisons de jardinier en façade sur le chemin. Elles trouvaient leur entrée par une grille en fer, cour et dépendances, petit pavillon dans le jardin, serre, pièce d’eau, jardin potager et d’agrément au numéro 28 de la rue de la Garde dans le 5ème arrondissement de Lyon. La propriété descendait presque jusqu’à la voie ferrée de la FOL[1]. Une petite maison à droite en entrant abritait le gardien-jardinier, son épouse et son âne.

Une autre maison « le Chalet » avec une immense serre permettait de rentrer les plantes fragiles pour l’hiver, abritait les outils agricoles et … un magnifique billard. Un petit bassin, agrémenté d’une grotte, apportait un peu de fraîcheur l’été.

Un lavoir, équipée d’une pompe, permettait d’entretenir le linge familial. Une pièce d’eau plus ou moins maçonnée est visible sur le cadastre napoléonien de 1831.

Une transmission familiale

Le docteur Louis Auguste Rougier[2] (1792-1863), expert en hygiène publique, acquiert cette propriété à la suite d’une expropriation poursuivie contre un ancien négociant Joseph Millaud, suivant sentence d’adjudication en l’audience des criées du Tribunal Civil de Lyon, le 5 août 1848. Il habite à Lyon, quai Saint-Antoine et transforme la propriété en maison de plaisance. Il est nommé premier médecin de l’Hôtel-Dieu en 1826. Il décède à 71 ans en 1863.

Sa fille, Claudine Emilie Rougier (1824-1892), épouse de Jean Jacques Legat (1811-1892), hérite de la propriété. Ils ont 3 fils et 2 filles : Louis, Camille, Marie-Marguerite, Henry et Angèle.

En 1906, Angèle Legat, épouse de Paul Gavin, devient à son tour propriétaire, avec ses frères Louis et Henry. Ceux-ci, agents de change, sont ruinés en 1822 à la suite de l’effondrement de la Bourse. Marie Marguerite est décédée en 1850 et Camille en 1877. Madame Gavin décède en 1931.

Claudine Rougier-Legat a un frère Paul Rougier. Celui-ci a 3 enfants : Jeanne Marie Louise, Louis et Paul.  Jeanne Marie Louise épouse en 1876 René Garraud. Ils ont 4 enfants : Jeanne Noémie, Paul, Marguerite et Pierre.

En 1931, Marguerite Feuga est convoquée chez le notaire pour apprendre que son mari Pierre Garraud[3] (1888-1967), hérite de cette propriété. Pierre est alors à Beyrouth et au Caire, envoyé par la Faculté de Droit de Lyon pour faire passer des examens.

Pendant quelques années, cette maison est louée à un Anglais ; celui-ci a un fils un peu bizarre qui casse tout ce qu’il trouve dans le jardin.

En 1941, toute la famille Garraud s’installe « aux Massues ». Le 26 mai 1944 a lieu le bombardement de Lyon. Du haut de la propriété, un membre de la famille prend en photo le bombardement de la fabrique de pâtes Rivoire et Carret à Vaise. Des emballages de pâtes noircis par le feu volètent jusqu’à la maison. Le lendemain, 27 mai, des membres de la famille partent à Beaujeu pour se mettre à l’abri.

Après la guerre, la maison se vide peu à peu. Mais l’arrivée de la famille d’Hélène, sœur de Colette Garraud, épouse de Philippe Marie Cicéron et mère de 9 enfants redonne vie à l’habitation.

En 1973 la famille est expropriée pour élargir la rue de la Garde et construire un lycée. Ce projet ne verra jamais le jour. Ce sont les poneys et leur manège qui s’installent peut-être sans toutes les autorisations nécessaires … pour quitter les lieux en 2007. Le parc de la Garde, poumon du quartier, prend enfin son envol.

Une histoire plus ancienne

En 1848, Joseph Milland, négociant habitant place du collège à Lyon a acquis cette maison de campagne de Pierre Faure et Suzanne Poyat, rentiers. La parcelle est couverte de vignes et entretenu par un jardinier/vigneron.

De successions en ventes, on remonte jusqu’en 1812 pour retrouver Louis Firmin Boitard et Marie Duchat, propriétaires depuis le début du siècle de cette maison de campagne portant le numéro 23 sur le grand chemin de Grange Blanche[4].

Bien avant, au milieu du XVIIIe, le propriétaire est Vincent Charretton. C’est un personnage important. Il est maître boucher[5] demeurant à Lyon à la boucherie des Terreaux, paroisse de Notre Dame de la Platière. Il vient quelquefois cultiver sa vigne et se repose à l’ombre d’une petite maison avec cour et jardin. Dans la reconnaissance[6] au Seigneur de Saint-Irénée[7], Vincent Charretton dispose d’une maison haute et basse[8], un tenailler[9], un jardin, une allée et des vignes contenant environ six bicherées[10] mesure de Lyon. On apprend aussi que en 1525, lors de la division en parcelles du domaine du Seigneur de Saint-Irénée, sous le contrôle du notaire Ginet, c’est la famille Raymond, Jean et Jacob, qui a bénéficié du lot correspondant à la future propriété de Collette Garraud.

Mais c’était il y a très, très longtemps…

Et maintenant

Pourquoi ne pas mettre en place une signalétique illustrée à l’Ouest du Parc de la Garde pour montrer et rappeler cette belle histoire ? Colette en serait enchantée.

Colette Garraud – Christian Déal / ARHOLY / février 2022



[1] Compagnie de chemin de fer de Fourvière et de l’Ouest Lyonnais – Ligne Lyon Saint-Just – Vaugneray en activité de 1886 à 1954.

[2] Premier médecin de l’Hôtel-Dieu en 1826 - vice-président du conseil d’hygiène publique du département du Rhône - chevalier de la Légion d’Honneur - membre de l’Académie des Sciences, belles lettres et arts - membre de la Société Impériale de Médecine de Lyon …

[3] Doyen de la faculté de Droit de Lyon pendant et après-guerre et membre de la Société Lyonnaise pour le Sauvetage de l’Enfance – L’Hôtel des Invalides du Travail devient l’hôpital Pierre Garraud en 1987.

[4] La rue de la Garde a porté de nombreux noms au cours des siècles : en 1700 : chemin tendant de l’étang de Saint-Irénée à Tassin en passant par le Massut, en 1730 : chemin de Tassin au Massut et l’étang de Saint-Irénée, en 1830 chemin du Point du Jour à Grange Blanche, en 1900 ; chemin vicinal n° 32 de la Garde.

[5] Il y a à Lyon 4 boucheries, St Georges, St Paul, les Terreaux et l’Hôtel-Dieu, composées chacune d’une dizaine à une cinquantaine de bouchers.

[6] Les actes de reconnaissances transcrivent les déclarations de tenanciers énumérant, à la demande de leur seigneur, les droits versés à ce dernier.

[7] ADMR 16G 39

[8] Maison à deux étages.

[9] Un cellier pour les cuves.

[10] Un bicherée lyonnaise correspond à 1293 m².

La maison de la famille Garraud vers 1840 (collection privée).
La maison de la famille Garraud vers 1840 (collection privée).

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Depuis la rue de la Garde, le bombardement de l'usine Rivoire et Carret à Vaise le 26 mai 1944 (Collection privée).
Depuis la rue de la Garde, le bombardement de l'usine Rivoire et Carret à Vaise le 26 mai 1944 (Collection privée).

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Le docteur Louis Auguste Rougier (1792-1863) acquéreur de la propriété en 1848 (collection privée).
Le docteur Louis Auguste Rougier (1792-1863) acquéreur de la propriété en 1848 (collection privée).

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Le chalet servant d'abri pour rentrer les plantes l'hiver et de salle de billard à l'étage (collection privée).
Le chalet servant d'abri pour rentrer les plantes l'hiver et de salle de billard à l'étage (collection privée).

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Vue aérienne de la rue de la Garde et de la propriété Garraud en 1954 (Géoportail - Remonter le temps).
Vue aérienne de la rue de la Garde et de la propriété Garraud en 1954 (Géoportail - Remonter le temps).

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Etat civil du propriétaire Vincent Charreton en 1730 (ADMR 16G39).
Etat civil du propriétaire Vincent Charreton en 1730 (ADMR 16G39).

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Description des bâtiments en 1835 dans la matrice cadastrale napoléonienne (ADMR 3P138 206).
Description des bâtiments en 1835 dans la matrice cadastrale napoléonienne (ADMR 3P138 206).

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La parcelle de Vincent Charreton en 1730 dans un plan dressé par le notaire Contamine pour les Chanoines du prieuré de Saint-Irénée (ADMR 1J 1696). Il existait une petite maison construite autour du décrochement du chemin.
La parcelle de Vincent Charreton en 1730 dans un plan dressé par le notaire Contamine pour les Chanoines du prieuré de Saint-Irénée (ADMR 1J 1696). Il existait une petite maison construite autour du décrochement du chemin.

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La famille Garraud dans sa propriété en 1943 (collection privée).
La famille Garraud dans sa propriété en 1943 (collection privée).

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